Interview du Prof. Claude Bélanger

Par Gabrielle Ciquier, M.Sc., M.A., candidate au Ph.D. en psychologie du counseling à l'université McGill


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Asadis



Prof. Claude Bélanger est psychologue clinicien depuis plus de 40 ans. Il est professeur titulaire au département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal (section d’approche cognitivo-comportementale). Il est également l’un des membres fondateurs de la clinique des troubles anxieux de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. Depuis sa mise en place en 1987, cette clinique a traité des milliers de patients avec l’approche cognitivo-comportementale. Prof. Bélanger est également expert de l’étude des prédicteurs de l’ajustement marital en lien avec divers troubles de santé mentale.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler avec les troubles anxieux?

J’étais psychologue dans un centre hospitalier, l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. Je travaillais dans une clinique générale, mais je constatais que plusieurs patients souffraient de troubles anxieux, sans que ces derniers ne puissent toujours bénéficier d’un programme de TCC (Thérapie cognitivo-comportementale) dans le traitement de leurs problèmes d’anxiété. En 1984 un psychiatre, Dr Pecknold et moi-même avons décidé de psychologie et mettre sur pied une clinique de traitement des troubles anxieux. Nous avons au sein de cette clinique, privilégié la TCC comme mode de traitement permettant de cibler l’anxiété afin d’avoir un impact important sur les symptômes.

Qu’est-ce que vous aimez le plus à propos de votre travail?

Quand j’ai commencé à pratiquer en 1977, la maîtrise était le diplôme de pratique en psychologie. Une grande majorité des formations en psychologie s’arrêtaient à la maîtrise, qui était le diplôme de pratique permettant l’accès à l’Ordre des Psychologues du Québec. Moi-même, j’ai été psychologue clinicien avec une maîtrise pendant une douzaine d’années, de 1977 à 1992. Et après une quinzaine d’années… certaines préoccupations générales sur ce qui pouvait causer, alimenter ou aider certaines problématiques faisaient régulièrement surface. J’ai alors commencé à m’intéresser de plus près à la recherche clinique en psychologie. Je me suis joint à quelques équipes de recherche comme co-chercheur à l’Institut Douglas et naturellement, cela m’a mené à faire un doctorat. En 1992 - j’avais 40 ans - je suis retourné faire mes études doctorales. En 1996, j’ai obtenu un poste comme professeur-chercheur à l’UQAM dans la section TCC et j’y travaille depuis.

Le doctorat m’a conduit à un deuxième domaine d’intérêt : l’étude de la relation de couple. À la clinique des troubles anxieux, de nombreux patients présentaient de façon comorbide des problèmes de couple. Par exemple, un patient qui souffrait d’un trouble panique avait une relation de dépendance avec son conjoint qui l’amenait, qui l’aidait à se déplacer, etc. Est-ce que c’était la relation de dépendance qui alimentait le trouble anxieux ? Ou est-ce que le trouble anxieux alimentait la relation de dépendance ? Une chose était certaine : il y avait un lien entre les deux. À plusieurs reprises, j’ai eu des interventions où le partenaire était impliqué et où l’on travaillait le trouble anxieux et la relation de couple. Et donc, de cette façon-là, je me suis intéressé à la relation de couple. Dans un premier temps en lien avec les troubles anxieux, et ensuite de façon plus générale en étudiant les prédicteurs de l’ajustement des couples. Alors, pour répondre à votre question, ce que j’apprécie tout particulièrement dans mon travail c’est la recherche des causes de la détresse personnelle et relationnelle, et des moyens pour l’adresser.

Quelle est votre plus belle réalisation professionnelle?

Le cœur et la raison d’être de toute cette démarche, c’est la transmission des connaissances à la communauté scientifique en général, et aux étudiants en particulier. Lorsque nous réussissons à transmettre à nos étudiants notre passion pour le domaine de la recherche et de la clinique constitue sans doute la plus belle réalisation professionnelle. Comme professeurs-chercheurs, nous avons le mandat de développer des psychologues qui soient intéressés à la recherche et qui sont capables d’avoir un certain recul, de regarder scientifiquement et de tester empiriquement qu’ils font. Lorsque je réussis à intéresser mes étudiants à la recherche et à cultiver cet esprit critique, je considère alors que mon objectif est atteint ; cela est alors ma plus belle réalisation.

Quels ont été les objectifs représentant le fil conducteur tout au long de votre carrière?

La formation Asadis que je vais donner prochainement sur la supervision clinique TCC s’intitulera « La supervision clinique : sommes-nous au fait de ce que nous faisons ? » C’est vraiment ça l’agenda principal. Laisser tomber ce qui est moins efficace, pour se concentrer sur des choses qui le sont plus. Fonder nos interventions sur ce qui est scientifiquement validé. Quand j’étais jeune psychologue, à la fin des années 70, nous appliquions par exemple une procédure en TCC qui s’appelait l’arrêt de la pensée. Les patients portaient même une bande élastique autour du poignet et quand ils avaient une pensée destructive ou anxiogène, ils pouvaient tirer leur bande pour signaler un arrêt de la pensée. Mais la recherche nous a montré que cette procédure n’a pas d’impact significatif sur les symptômes. Au contraire, plus on essaye de ne pas penser à quelque chose, plus on y pense. Cette méthode a donc été abandonnée parce qu’elle n’a pas passé le test des recherches portant sur son efficacité thérapeutique.

De la même façon, lorsque j’étais jeune psychologue et qu’on faisait des groupes de thérapie pour les troubles anxieux, tout le monde passait par un groupe de relaxation progressive et les patients faisaient tous de la relaxation lors des expositions. Mais la recherche nous a montré que ce n’était pas une technique efficace, car c’est une façon d’éviter ! Dès que le patient voyait son anxiété monter, il baissait son anxiété par la respiration, alimentant donc cette préoccupation qu’il faut éviter d’être anxieux. Quand on fait de l’exposition maintenant, on fait l’inverse. On demande même à la personne de monter et descendre les escaliers en courant, d’hyperventiler. Et ce, pour monter ses symptômes d’anxiété en vue de l’aider à s’habituer à ces symptômes, à les considérer comme moins menaçants, et à baisser son hypervigilance par rapport à ses symptômes de l’anxiété. C’est la recherche qui nous aide à comprendre tous ces mécanismes, et à les modifier en fonction de leur impact. Mon rôle de clinicien chercheur me permet de participer bien humblement à cette avancée dans la découverte des ingrédients actifs de la psychothérapie.

Un autre fil conducteur à travers ma carrière a aussi été l’importance de diffuser ces données empiriques. Il y a 8-9 ans environ, j’ai par exemple été appelé à assister dans le développement d’un département de psychologie à Madagascar. Il n’y avait pas de psychologues à l’époque dans ce pays ; c’était les médecins qui offraient certaines interventions en santé mentale. Nous avons ainsi monté un programme de baccalauréat, et après les études de premier cycle, une maîtrise a été développée. Ils ont maintenant à Madagascar des finissants qui terminent chaque année avec une maîtrise en psychologie, qui travaillent comme psychologues, ils ont maintenant leur association professionnelle qui est reconnue par le gouvernement. Tous les psychologues qui terminent le programme travaillent dans le domaine de la psychologie et plusieurs donnent les cours de baccalauréat à l’université. Ce type d’investissement dans la diffusion des connaissances par l’enseignement, la supervision clinique, etc. constitue à n’en pas douter un fil conducteur tout au long de ma carrière.

Pour conclure sur cet objectif de vouloir diffuser des données empiriques, j’apprécie beaucoup la formule d’Asadis : les experts donnent une présentation une fois, et puis après ça, il peut y avoir une diffusion qui se fait toute seule! (rires)

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