Au contact avec une clientèle adulte ayant des troubles de la personnalité, on peut constater différentes manifestations cliniques, passant d’une exacerbation d’agirs agressifs, de consommation, ou à l’inverse, des mouvements de repli, de retrait. Nous observons aussi des patients qui se mettent à risque, déniant la gravité de la situation pandémique pour eux ou pour autrui, ainsi qu'une montée des angoisses parfois diffuses, parfois sous formes de scénarisations catastrophiques. Toute pandémie peut donc être une situation potentiellement traumatique lorsqu’elle génère un effet d’effraction des capacités adaptatives du patient. Or elle a aussi le potentiel de raviver des éprouvés et souvenirs de détresse et d’angoisse.
Cette formation vise à expliquer les angoisses qui peuvent être ravivés et impliqués dans les mécanismes et agirs défensifs de nos patients. D’abord, l’angoisse sera appréhendée dans sa valence quantitative : nous arrivons plus ou moins à contenir l’angoisse en fonction de l’intériorisation de la capacité de contenance de notre environnement premier. Les concepts d’angoisse-signal et d’angoisse-débordement seront donc réfléchis selon une perspective développementale. Puis, l’angoisse sera abordée sous un angle qualitatif en explorant davantage ses contenus possibles : des réminiscences et des souvenirs. Des parallèles seront explicités avec la symbolisation et ses faillites. Selon Roussillon (1999), une souffrance qui n’a pas été suffisamment appropriée par le sujet tendra à revenir selon sa trace d’inscription, donc en fonction de comment elle demeure insuffisamment intégrée par la psyché. Tant que le sujet n’a pas intégré un événement dans la trame du Je, ce vécu sera en souffrance de représentance, et reviendra sous formes d’angoisses diffuses, maux innommés et le sujet tentera de s’en éloigner via des mécanismes de défenses qui en bloque à la fois son contact et son élaboration, des défenses qui neutralisent, maîtrise ou expulser la souffrance.