L’étiologie et la stigmatisation de la consommation de substance

Prof. Jean-Sébastien Fallu, Professeur titulaire

Étiologie et stigmatisation des usages de substances : des repères probants pour intervenir avec efficacité et légèreté.

Présentation

Les personnes qui utilisent des substances psychoactives font encore largement l'objet de préjugés et de stigmatisation, y compris dans les milieux de la santé et des services sociaux. Malgré l'évolution des connaissances scientifiques et des politiques publiques, les pratiques d'intervention demeurent parfois influencées par des représentations sociales, des croyances ou des approches centrées davantage sur les substances que sur les personnes et leurs contextes de vie.

Cette formation en ligne asynchrone, composée de capsules vidéo préenregistrées regroupées en chapitres, propose un regard critique, interdisciplinaire et fondé sur les données probantes afin de mieux comprendre les usages de substances psychoactives et les interventions qui leur sont associées. Après avoir présenté les principaux concepts relatifs aux substances, aux usages et aux facteurs qui influencent leurs effets, la formation aborde les mécanismes de développement des troubles liés à l'usage, les limites de certaines interprétations des données scientifiques ainsi que le rôle des déterminants individuels, sociaux et structurels.

Une attention particulière est accordée aux représentations sociales, à la stigmatisation et à leurs conséquences sur la santé, le recours aux services et les trajectoires de vie des personnes concernées. Les participants seront également amenés à mieux comprendre les fondements et les implications des principales politiques en matière de drogues ainsi que les principes de la réduction des méfaits.

Applications à l'évaluation et à l'intervention psychothérapeutique

Les notions présentées sont directement reliées à la pratique clinique :

  • Évaluation : situer l'usage sur un continuum plutôt que de façon binaire ; explorer les motifs d'usage et les fonctions de la consommation ; analyser l'interaction entre la personne, la substance et le contexte (loi de l'effet) ; utiliser avec nuance les critères diagnostiques du DSM-5 (perte de contrôle, dysfonction sociale, usage risqué, critères pharmacologiques) ; considérer les facteurs de risque d'un usage problématique (traumatismes, violence subie pendant l'enfance, troubles psychologiques, exclusion sociale) en distinguant corrélation et causalité ; repérer l'auto-stigmatisation et la honte susceptibles de freiner la divulgation de la consommation.
  • Intervention : fixer avec la personne des objectifs hiérarchisés et réalistes ; proposer des stratégies de réduction de l'usage (fréquence, quantité, volume, variété) et de réduction des méfaits (substances moins nocives, mode et contexte de consommation plus sécuritaires, planification, reconnaissance des signes de surdose) ; situer l'abstinence comme un objectif compatible lorsqu'il est choisi par la personne ; utiliser un langage centré sur la personne et non stigmatisant ; éviter le réflexe correcteur et adopter une posture d'accompagnement inspirée des principes de l'entretien motivationnel et du modèle des étapes du changement ; réfléchir aux dilemmes éthiques de la pratique (mineurs, confidentialité, abstinence).

Intégration des modèles d'intervention

  • Cognitivo-comportemental : lecture fonctionnelle des motifs d'usage (amélioration, socialisation, autorégulation, conformisme), rôle des attentes et du contexte dans les effets ressentis, objectifs comportementaux gradués de réduction de l'usage et de réduction des méfaits, repères sur le processus de changement.
  • Existentiel et humaniste : principe humaniste de la réduction des méfaits (dignité, droits et pouvoir d'agir de la personne), respect de ses choix et de ses savoirs expérientiels, prise en compte du plaisir, des bénéfices perçus et du sens que peut avoir l'usage, posture d'accompagnement plutôt que de correction, réflexivité et humilité du thérapeute.
  • Systémique et interactionnel : influence du contexte, de l'entourage et des structures sociales (stigmatisation sociale et structurelle, politiques publiques, intersectionnalité) sur la trajectoire de consommation ; prise en compte de la dynamique de la relation thérapeutique, puisque le comportement du professionnel peut lui-même renforcer la résistance.

Les liens avec la pratique s'appuient sur des exemples concrets présentés dans la formation : comportements du professionnel qui augmentent la résistance et réactions possibles de la personne, situations où l'abstinence est compatible ou non avec la réduction des méfaits, stratégies de réduction des méfaits à discuter avec la personne et exemples de dilemmes éthiques professionnels et cliniques.

Tout au long de la formation, les participants seront invités à développer une posture réflexive, à remettre en question certaines idées reçues et à intégrer les savoirs expérientiels et les principes de la réduction des méfaits afin de favoriser des pratiques plus humaines, critiques et fondées sur les données probantes.

Télécharger le programme

  • 4h30 de formation professionnelle
  • 34 cours de 5 à 15 minutes chacun
  • 1 PowerPoint
  • 1 bibliographie
  • 1 évaluation finale
  • 1 attestation de réussite
  • 7 jours satisfait ou remboursé
  • Accès illimité

Biographie du formateur

Photo de Jean-Sébastien Fallu

Jean-Sébastien Fallu est professeur titulaire à l'École de psychoéducation de l'Université de Montréal. Titulaire d'un doctorat en psychologie de cette même université, il a réalisé un stage postdoctoral en épidémiologie et politiques sociales au Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) de Toronto, le plus important centre de recherche et de soins en santé mentale et en dépendances au Canada.

Ses travaux portent sur l'étiologie des usages de substances psychoactives, la prévention, la réduction des méfaits, la stigmatisation et les politiques publiques. Il est chercheur régulier au Centre de recherche en santé publique (CReSP), à l'Institut universitaire sur les dépendances (IUD), au groupe Recherche et intervention sur les substances psychoactives – Québec (RISQ), au Centre de recherche interdisciplinaire sur la justice intersectionnelle, la décolonisation et l'équité (CRI-JaDE), au sein de l'équipe RENARD, ainsi qu'à l'Observatoire sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur (OSMÉES). Il est également rédacteur en chef et directeur de la revue scientifique Drogues, santé et société.

Sa démarche scientifique est critique et interdisciplinaire, attentive aux déterminants sociaux et structurels des usages, aux savoirs expérientiels et aux perspectives des personnes directement concernées, dont il fait lui-même partie. Cette position réflexive assumée nourrit une lecture des pratiques d'intervention ancrée à la fois dans les données probantes et dans la réalité vécue des personnes qui consomment.

Auteur de plus de 70 publications scientifiques et de plus de 130 communications, il contribue régulièrement aux débats publics sur les questions liées aux substances psychoactives et a accordé plus de 1 200 entrevues dans les médias. Il enseigne et forme depuis plus de vingt ans des professionnels de la santé, des services sociaux, de l'éducation et de la justice.

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Objectifs pédagogiques

  1. Expliquer les principaux concepts relatifs aux substances psychoactives, aux usages, aux facteurs influençant leurs effets ainsi qu'au développement des troubles liés à l'usage.
  2. Analyser l'influence des représentations sociales, de la stigmatisation et des politiques publiques sur les trajectoires de consommation, la santé et l'accès aux services des personnes qui utilisent des substances psychoactives.
  3. Comparer les principales approches d'intervention (prévention, traitement et réduction des méfaits), leurs fondements, leurs objectifs, leurs forces et leurs limites.
  4. Adopter dans sa pratique une approche critique, humaniste et fondée sur les données probantes, en mobilisant les principes de la réduction des méfaits, de la réflexivité et du respect des savoirs expérientiels.

Supports pédagogiques

Une formation théorique illustrée d'exemples cliniques. Cette formation est composée de vidéos de 5 à 15 minutes chacune. Le PowerPoint du cours est disponible en téléchargement.

Syllabus

  • PowerPoint
  • 1. Introduction
  • Comprendre les usages de substances psychoactives

  • 2. Position épistémologique
  • 3. Définition et catégories
  • 4. Perceptions et représentation sociales
  • 5. Loi de l’effet
  • 6. Motifs d'usage
  • 7. Spectre de l’usage partie 1
  • 8. Spectre de l’usage partie 2
  • 9. Dangerosité
  • 10. Critères diagnostics
  • 11. Facteurs de risque d'un usage -problématique
  • 12. Limites des études
  • Comprendre la stigmatisation

  • 13. Contexte et impacts
  • 14. Cause fondamentale d'ISS
  • 15. Solutions : cadrer le trouble d'usage, combler les lacunes et éliminer les obstacles à l'intérieur du système
  • 16. Solutions : langage, vocabulaire, éducation et représentations
  • 17. Solutions : lois, politiques et réflexivité critique
  • 18. Nommer et déconstruire la stigmatisation
  • Les politiques en matière de drogues

  • 19. Différentes perspectives
  • 20. Clarification de définitions
  • 21. Le paradoxe de prohibition partie 1
  • 22. Le paradoxe de prohibition partie 2
  • 23. Le mythe du « cerveau mature à 25 ans »
  • La réduction des méfaits

  • 24. Continuum des interventions
  • 25. Réduction des méfaits : définition
  • 26. Pragmatisme et humanisme
  • 27. Abstinence et précurseurs historiques
  • 28. Réduction de l'usage et réduction des méfaits
  • 29. Stratégies générales et débats éthiques
  • 30. Obstacles et facilitateurs : résultats de recherche
  • Vers un changement de paradigme

  • 31. Analogie sexe et drogues
  • 32. Nouvelles approches
  • 33. Le piège du réflexe correcteur
  • 34. Conclusion
  • Bibliographie


Public

Cette formation s'adresse à tous les professionnels de la santé mentale.

Inscription

  • 4h30 de formation professionnelle
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  • 1 bibliographie
  • 1 évaluation finale
  • 1 attestation de réussite
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