Les personnes qui utilisent des substances psychoactives font encore largement l'objet de préjugés et de stigmatisation, y compris dans les milieux de la santé et des services sociaux. Malgré l'évolution des connaissances scientifiques et des politiques publiques, les pratiques d'intervention demeurent parfois influencées par des représentations sociales, des croyances ou des approches centrées davantage sur les substances que sur les personnes et leurs contextes de vie.
Cette formation en ligne asynchrone, composée de capsules vidéo préenregistrées regroupées en chapitres, propose un regard critique, interdisciplinaire et fondé sur les données probantes afin de mieux comprendre les usages de substances psychoactives et les interventions qui leur sont associées. Après avoir présenté les principaux concepts relatifs aux substances, aux usages et aux facteurs qui influencent leurs effets, la formation aborde les mécanismes de développement des troubles liés à l'usage, les limites de certaines interprétations des données scientifiques ainsi que le rôle des déterminants individuels, sociaux et structurels.
Une attention particulière est accordée aux représentations sociales, à la stigmatisation et à leurs conséquences sur la santé, le recours aux services et les trajectoires de vie des personnes concernées. Les participants seront également amenés à mieux comprendre les fondements et les implications des principales politiques en matière de drogues ainsi que les principes de la réduction des méfaits.
Applications à l'évaluation et à l'intervention psychothérapeutique
Les notions présentées sont directement reliées à la pratique clinique :
- Évaluation : situer l'usage sur un continuum plutôt que de façon binaire ; explorer les motifs d'usage et les fonctions de la consommation ; analyser l'interaction entre la personne, la substance et le contexte (loi de l'effet) ; utiliser avec nuance les critères diagnostiques du DSM-5 (perte de contrôle, dysfonction sociale, usage risqué, critères pharmacologiques) ; considérer les facteurs de risque d'un usage problématique (traumatismes, violence subie pendant l'enfance, troubles psychologiques, exclusion sociale) en distinguant corrélation et causalité ; repérer l'auto-stigmatisation et la honte susceptibles de freiner la divulgation de la consommation.
- Intervention : fixer avec la personne des objectifs hiérarchisés et réalistes ; proposer des stratégies de réduction de l'usage (fréquence, quantité, volume, variété) et de réduction des méfaits (substances moins nocives, mode et contexte de consommation plus sécuritaires, planification, reconnaissance des signes de surdose) ; situer l'abstinence comme un objectif compatible lorsqu'il est choisi par la personne ; utiliser un langage centré sur la personne et non stigmatisant ; éviter le réflexe correcteur et adopter une posture d'accompagnement inspirée des principes de l'entretien motivationnel et du modèle des étapes du changement ; réfléchir aux dilemmes éthiques de la pratique (mineurs, confidentialité, abstinence).
Intégration des modèles d'intervention
- Cognitivo-comportemental : lecture fonctionnelle des motifs d'usage (amélioration, socialisation, autorégulation, conformisme), rôle des attentes et du contexte dans les effets ressentis, objectifs comportementaux gradués de réduction de l'usage et de réduction des méfaits, repères sur le processus de changement.
- Existentiel et humaniste : principe humaniste de la réduction des méfaits (dignité, droits et pouvoir d'agir de la personne), respect de ses choix et de ses savoirs expérientiels, prise en compte du plaisir, des bénéfices perçus et du sens que peut avoir l'usage, posture d'accompagnement plutôt que de correction, réflexivité et humilité du thérapeute.
- Systémique et interactionnel : influence du contexte, de l'entourage et des structures sociales (stigmatisation sociale et structurelle, politiques publiques, intersectionnalité) sur la trajectoire de consommation ; prise en compte de la dynamique de la relation thérapeutique, puisque le comportement du professionnel peut lui-même renforcer la résistance.
Les liens avec la pratique s'appuient sur des exemples concrets présentés dans la formation : comportements du professionnel qui augmentent la résistance et réactions possibles de la personne, situations où l'abstinence est compatible ou non avec la réduction des méfaits, stratégies de réduction des méfaits à discuter avec la personne et exemples de dilemmes éthiques professionnels et cliniques.
Tout au long de la formation, les participants seront invités à développer une posture réflexive, à remettre en question certaines idées reçues et à intégrer les savoirs expérientiels et les principes de la réduction des méfaits afin de favoriser des pratiques plus humaines, critiques et fondées sur les données probantes.